Le « community organizing »

A Saint-Martin d’Hères, 183 logements en lutte contre la précarité énergétique.

« C’est invivable, tout l’hiver on est malade, explique Sylvie, locataire du bailleur social OPAC38 à Renaudie. Il fait froid, l’air passe à travers la fenêtre et fait des courants d’air dans tout l’appartement.  »

Infiltrations, fenêtres décrépies, dans la commune de Saint Martin d’Hères, les locataires du quartier Renaudie subissent de plein fouet l’hiver glacial.

Dans ces logements, les fenêtres n’ont pas été changées depuis 30 ans. Résultat, les fenêtres ne ferment plus correctement, car les cadres sont gondolés.

« Pour compenser, on augmente la température du radiateur et on doit même en rajouter un d’appoint. »

Mais le manque d’isolation fait grimper la facture de chauffage, sans pour autant apporter le minimum de confort permettant d’affronter la vague de froid. Les courants d’air mettent en péril les budgets des locataires du parc social.

À la suite de quatre rendez-vous avec la directrice générale de l’OPAC38, le bailleur social s’est engagée à remplacer les menuiseries vieillissantes et à conduire une étude sur l’état des VMC, dont les dysfonctionnements entraînent le développement de moisissures et d’humidité dans les logements[1].

Le collectif des locataires du bailleur social OPAC38 à Saint-Martin d’Hères est un des nombreux groupes d’habitants organisé au sein d’un syndicat de locataire membre de l’association Alliance Citoyenne.

De manière similaire aux pratiques que nous utilisons avec le Réseau Bruxelles Solidarité, Alliance Citoyenne base son action sur les principes du « community organizing ».

Le « community organizing » est une approche stratégique qui vise à mobiliser les membres d’une communauté pour créer des changements sociaux positifs. Cette méthode repose sur l’idée que les membres d’une communauté ont la capacité de s’unir et d’agir collectivement pour résoudre les problèmes qui les concernent directement.

Tout commence par l’identification des problèmes qui préoccupent la communauté. Les organisateurs prennent le temps d’écouter les membres, de comprendre leurs difficultés et leurs aspirations. Ils cherchent ensuite à mobiliser les ressources disponibles au sein de la communauté elle-même. Cela peut inclure des talents, des compétences, des connaissances, ou des infrastructures déjà présentes. L’objectif est de renforcer le potentiel de la communauté pour faire face à ses problèmes.

Un autre aspect essentiel du community organizing est la création d’un réseau solide au sein de la communauté. Les organisateurs encouragent les liens de confiance et les relations entre les membres, car cela renforce la capacité d’action du groupe. En identifiant et en permettant l’émergence de leaders locaux, l’organisation communautaire assure la pérennité des actions et la capacité à mobiliser durablement. Les leaders au sein de ces organisations sont surtout des leaders sociaux, des locomotives qui entrainent les autres avec eux. Dans le même temps, le mode d’organisation du groupe et les prises de décisions doivent être démocratiques.

Une fois les problèmes ciblés et les ressources mobilisées, une stratégie est élaborée. Cette stratégie comprend des actions collectives directes, telles que des manifestations, des pétitions, des initiatives de lobbying, des piquets bloquants etc. Le but est de faire pression sur les personnes ayant le pouvoir d’agir sur le problème (propriétaires, administrations, politiques, presses) pour obtenir des résultats concrets.

En somme, le community organizing vise à construire des mouvements sociaux dynamiques et efficaces, ancrés dans le tissu social local, pour promouvoir un changement concret et une amélioration concrète des conditions de vie. Cette approche met en avant le pouvoir collectif des individus qui, unis, peuvent devenir une force puissante de transformation sociale.

Une différence importante est à noter dans le fonctionnement du Réseau Bruxelles Solidarité par rapport à une association comme Alliance Citoyenne. En effet, Brusol est entièrement bénévole et ne dépend d’aucunes subventions. Nous considérons qu’il est important que nous soyons le plus autonome possible par rapport aux institutions de manière à éviter les pressions. Nous souhaitons développer par nous-même notre pouvoir d’action sans recourir à des intermédiaires (ex : avocats, permanents syndicaux, …). Nous nous inscrivons donc plutôt dans le sillon des principes d’organisation de syndicats autogestionnaires comme les IWW, par exemple.

L’exemple des syndicats de locataire organisé au sein de l’Alliance Citoyenne reste particulièrement intéressant, car en luttant pour la rénovation thermique de leurs logements, ceux-ci ont réussi à articuler les luttes sociales et écologiques afin que ces deux revendications se renforcent l’une et l’autre. Nous pouvons aussi parler d’écosyndicat pour désigner ces comités. Nous aborderons le potentiel de ces écosyndicats comme organisation de base d’une écologie populaire dans un second article à venir.


[1] https://alliancecitoyenne.org/passoires-energetiques/

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